Envoyée à Serge Lutens
Aux confins du désert, dès le petit matin,
Vole du sable blond que le chergui soulève ;
Les foyers réveillés exhalent le cumin,
Puis cannelle et piments vont prendre la relève ;
Lui, sur son brasero, il fait fondre la sève
De l’ambre et de l’encens, et souffle sur les feux
Pour emplir ses cornues d’un nectar liquoreux,
Où naissent les parfums d’une Arabie de rêve.
A midi, c’est d’un pas tranquille et souverain
Qu’il arpente les souks, cent fois humant la fève
De Tonka, le santal, la rose ou le jasmin.
Tout son cœur s’en émeut, s’en enivre et en crève :
Il est dans un jardin, sur un mont, une grève !
Quand le ciel fait chanter ses vibrants camaïeux,
Il se balade encore au fond d’étranges lieux
Où naissent les parfums d’une Arabie de rêve.
Succulente résine allumée dans la main,
Tandis que de la nuit arrive l’heure brève,
Il compose des doigts, souples comme un fusain
Une gamme d’odeurs. Alors, mon coeur s’élève :
Tout comme au premier jour, il fait sourire une Eve
A la senteur musquée, du khôl autour des yeux,
Et disperse dans l’air son souffle chaleureux
Où naissent les parfums d’une Arabie de rêve.
Envoi
Prince, en cette heure douce où la journée s’achève,
J’orne de vos senteurs tout mon corps amoureux
Qui s’unit à la nuit et au ciel vaporeux
Où naissent les parfums d’une Arabie de rêve.
Cuauhtli (strophe 1), Nego (strophe 3), nemo (strophe 2 & envoi)