Vu le mardi 29 mars 2011 au Grand Rex (Paris)
Il y a quatre ans, le dernier concert de Joan Baez auquel j’avais assisté m’avait un peu déçue, alors que celui de 2006 (la première fois que j’entendais Joan “en vrai” !) au Grand Rex – déjà ! – m’avait transportée.
Cela tient-il à l’acoustique de salle parisienne, qui rend parfaitement hommage à son jeu de guitare précis et délicat, à sa voix toujours aussi émouvante malgré le passage des ans qui l’a réchauffée – rendue plus grave mais aussi plus profonde ? Toujours est-il que ma crainte d’être frustrée et désappointée une nouvelle fois s’est envolée dès les premières notes cristallines de “God is God”.
Depuis 2006, j’ai aussi, de mon côté, appris à aimer l’évolution de la voix de Joan. J’ai compris surtout qu’il ne fallait plus espérer qu’elle monte dans les aigus, qu’une partie de son répertoire ne serait plus jamais écoutable que sur CD – et que ce n’est plus forcément dans les tubes qui ont fait sa gloire qu’il faut attendre le plus d’émotion.
À 70 ans, Joan est toujours aussi adorable. (Toujours) engagée, sans être insupportable ; cultivée ; intelligente ; pudique ; actuelle. Silhouette mince, encore incroyablement juvénile dans sa chemise blanche toute simple rehaussée d’un foulard rouge et son jean délavé un peu large tombant sur ses chaussures. Une classe d’une simplicité absolue. Forte et fragile à la fois. Récemment victime d’une chute de sa cabane perchée dans un arbre, elle était hier curieusement raide, mais néanmoins joviale et amusante, comme à son habitude. Ses efforts pour parler français n’étaient pas toujours couronnés de succès, mais cela ne l’en rendait que plus drôle et attachante. Car son humour et sa spontanéité, son plaisir évident d’être là, sa sincérité sauvent les concerts de Joan de toute nostalgie passéiste. Les morceaux plus récents se mêlent aux “tubes” attendus et, bizarrement, cette fois, ceux qui m’ont le plus émue ne sont pas ses “classiques”. Car, il faut l’avouer, j’ai eu quelques sueurs froides sur les notes hautes de “Love is just a four letter word” ou “Suzanne”, sur la montée à la guitare du break musical de “Diamond and rust”, franchement ratée… La voix, bien que juste, a du mal, trouve ses limites : et même si Joan les connaît, on les entend bien, par exemple, sur sa reprise a capella du “Déserteur”.
Mais le reste, à condition d’aimer les ambiances douces et calmes, est magnifique : que des ballades folk à textes (“Seven curses”) nullement gnangnans, interprétées avec intelligence et cœur ; leurs mélodies sont des écrins, comme cette guitare en dentelle, pour cette nouvelle voix plus grave. Seule en scène, parfois accompagnée d’un unique musicien multi-instrumentiste (banjo, guitare, piano, basse, violon !), Joan m’a enchantée durant 1h30 et m’a souvent retournée comme une crêpe, notamment sur “House of the rising sun” (sublime) et “Long black veil”.
J’ai eu l’impression de retrouver une vieille amie, généreuse et heureuse de toujours chanter pour son public. Sur la fin, lors de ses trois rappels, nous avons tous entonné avec elle “Blowin’ in the wind”, “Gracias a la vida”, “Imagine”, “Donna Donna” et bien sûr “Here’s to you”, son titre le plus célèbre en France. Car nous aussi, tout comme elle, étions heureux d’être là.
Je ne sais pas si je retournerai la voir, j’aurai peur, encore trop peur pour ses “aigus”. Et puis c’est vrai quand même que ce n’est pas “donné donné donné do-onné”… Enfin, je dis ça mais, comme d’habitude, il est probable que je sois encore là le 11 octobre prochain ! 😉
(Mais sans Al. qui n’a pas arrêté de faire des blagues douteuses sur l’âge de la dame ! Tsss…).
Leave a Reply