Okay. C’est vrai. J’avais dit que je laisserais ce blog en friche parce que je ne pouvais pas tout écrire et surtout, parce que j’avais retrouvé depuis peu le goût de gratter le papier (Waterman Harmonie noir plume fine + Moleskine ligné couverture souple = plaisir sensuel et voluptueux) mais, c’est bien connu – surtout chez moi – les promesses sont faites pour être foulées (bon, disons ce genre de promesses) et puis je ne vais pas tant parler de moi (quoique…) que de “choses” que j’ai vues récemment.
Choses ?
En effet, j’ai vu tellement de spectacles, concerts, expos divers et variés ces dernières semaines que mon cerveau est complètement encombré d’images et sensations entremêlées et que j’ai envie de faire le grand ménage dans tout ce bordel, en séparant les torchons des serviettes, le bon grain de l’ivraie, etc. Quand je dis “le bon grain de l’ivraie”, on dirait que je vais distribuer des bons et des mauvais points, comme à l’école… Que nenni. Evidemment, tout ce que je vais écrire ici – très rapidement – ne va, une fois de plus, n’engager que moi : je ne prétends pas être Fabienne Pascaud ou Armelle Héliot (Ha Ha Ho Ho Hu Hu) (les vieilles biquettes* à la plume trempée d’acide) (que j’adore lire, sans pour autant toujours adhérer, loin s’en faut, dois-je préciser) : je ne me base que sur le plaisir de spectateur lambda que j’éprouve. Et d’ailleurs, c’est avec grande joie que j’échangerai(s) avec d’autres spectateurs lambda mes coups de coeur et déceptions.
Commençons par le théâtre et la danse, les deux mamelles généreuses (hu, l’image) de ma vie culturelle actuelle, grâce à moizelle Baz (qui me fournit, telle une dealeuse de rêves) (mais aussi moizelle Papatte qui m’accompagne dans ces trips), sans qui mes soirées quotidiennes seraient la plupart du temps mornes et monotones (snif, la fille qu’a pas de vie perso). Le jour où elle quittera le Théâtre de la V. (le plus tard possible, je l’espère pour moi), je vais difficilement m’en remettre ! (D’ailleurs, je ne félicite pas Malo qui a quitté le Jeu de Paume parce que depuis, je suis obligée de PAYER mon entrée, si c’est-y pas malheureux, tout de même !)
Bref.
On y va.
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ÖPER ÖPIS
de Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot
Vu le vendredi 20 février 2009 aux Abbesses (Paris)

Spectacle vu au Théâtre des Abbesses le 20 février dernier (mon Dieu, que le temps passe vite.) Éloge enthousiaste de Baz, qui va PRESQUE jusqu’à évoquer James Thierrée. Le dossier de presse fait envie : les spectacles qui mêlent plusieurs genres (danse, cirque, acrobaties, théâtre…) ont la côte et l’on y accole souvent le terme un peu vague mais si joli de “poésie”.
Mis en scène par le duo Zimmermann (danseur-mime-acrobate assez époustouflant) et de Perrot (excellent DJ), Öper Öpis (“quelqu’un quelque chose”) est avant tout une vraie performance physique de la part des sept interprètes, qui maîtrisent leur corps avec une perfection insensée. Sur un plateau mouvant, qui s’incline en tous sens, parsemé de chausse-trapes, et sur lequel glissent les objets comme les corps, ils dansent, sautent, se portent, se jettent, tournoient dans un délire visuel assez ébouriffant. Dès le départ, avec Zimmermann seul en scène, sec comme un raisin et musclé comme un, heuh, je sais pas, complètement élastique, le ton est donné : ce sera ultra rythmé et extrêmement corporel.
D’ailleurs, c’est presque trop pour mon petit oeil myope et fatigué qui sature et qui ne sait plus trop s’il doit regarder à droite, à gauche, ou loucher avec son pote. Il y a parfois tellement à voir, c’est si virevoltant, si frénétique, que j’ai du mal à trouver un équilibre visuel : je me concentre sur le couple, là-bas, au fond, avec les panneaux amovibles. Ah oui, mais non, il y a aussi cette contorsionniste incroyable, sur le devant de la scène. Et puis aussi cette danseuse charnue et lascive, qui fait des mouvements bizarres avec un miroir sur la droite. Et paf, l’autre qui saute par une trappe sous le plateau qui vient de pivoter. Au secours !
Tout cela est à la fois tonique, surréaliste, énergique… À tel point que, un peu perdue dans tout ce que je vois, je ne comprends pas tout à fait le sens de ce que je vois (ou du moins, je ne saisis rien à quoi je puisse me raccrocher pour que ce défilement d’images et tableaux prenne sens et me parle/touche complètement)… Même si l’on entrevoit une certaine moquerie envers le culte du corps, par exemple, lors d’un amusant passage où, par tandems, les danseurs miment des sportifs s’entraînant en salle de sport (l’un faisant l’athlète, l’autre la machine). Le dispositif rappelait un peu un passage d’Origine de Sidi Larbi Cherkaoui, avec un homme objet qui se transformait, juste par les les gestes et la position du corps, magnifiquement, en voiture, en table, en aspirateur, etc. au service d’une femme – en moins beau, néanmoins.
Du coup, j’ai trouvé Öper Öpis intéressant visuellement, inventif, créatif (et la musique et les effets sonores m’ont énormément plu), mais, simplement léger et distrayant. J’insiste sur le simplement parce qu’au-delà du divertissement, je n’ai pas ressenti d’émotion particulière : je suis restée un peu à la porte de l’univers foufou concocté par les deux compères ; mais en même temps, distrayant n’est nullement une insulte pour moi : au contraire ! Et je dirais même : c’était déjà beaucoup.
Donc, en gros, j’ai bien aimé… MAIS… 😉
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LE PARC
d’Angelin Preljocaj
Vu le mercredi 4 mars 2009 à l’Opéra Garnier (Paris)
Angelin Preljocaj… Nom connu et reconnu par le public qui s’intéresse un tant soit peu à la danse (c’est à dire pas moi jusqu’à il y a un ou deux ans) ; et qui, si j’en juge aux quelques articles que j’ai lus ici et là, crée la polémique – comme tout ce qui a du succès public.
Roméo et Juliette de Prokoviev avec les costumes d’Enki Bilal (créé pour Lyon il y a 19 ans !), c’était lui ! (Je dois encore avoir quelque part le programme que Mag m’avait gardé, avec les croquis de Bilal !)
Blanche Neige sur du Malher, il y a quelques mois, avec les costumes de Gaultier, c’est encore lui ! Et je l’ai loupé comme une grosse KZCFCUNMLDX parce que flemme de retenir des billets, manque d’argent (alors que qu’est-ce que l’argent face à la pure Beauté, hein ??!!).
Et tant d’autres pièces que je ne connais pas et n’ai jamais vues.
De lui, en fait, je n’ai vu que l’Annonciation (SU-BLIME), Centaures et Eldorado, il y a deux ans (je ne sais plus si c’est avec Matou ou Mr. A. mais bon, peu importe…) Ça m’avait bien plu. Mais à l’époque, j’étais encore novice, je regardais la danse avec des yeux de merlan frit à moitié mort. Qu’on me pardonne. Il m’a fallu du temps pour éveiller ma sensibilité aux corps en mouvement : tout requiert un apprentissage, même la Beauté.
Mercredi dernier, Baz m’a donc généreusement entraînée à l’Opéra Garnier, où ma main n’avait encore jamais mis le pied, pour découvrir Le Parc, commande de l’Opéra de Paris à Angelin (1994). Donc danse a priori plus “classique” que ce que j’avais vu au TDV.
Premier choc émotionnel en pénétrant dans l’Opéra Garnier, bâtiment flamboyant, imposant, à la limite du pouet-pouet kitsch mais toutefois d’une certaine élégance. Le grand escalier est à ce titre majestueux. La salle de spectacle est également à voir : assez petite et resserrée – contrairement à Bastille, qui n’a aucun rapport -, elle est en forme de théâtre italien. Le plafond peint par Chagall est de toute beauté. On se sent soudain mis en condition pour voir et entendre quelque chose qui va nous sortir du quotidien plan-plan, nous élever vers quelque chose de divin. On est là pour vibrer, c’est presque mystique, youhou.
Baz et moi sommes placées face à la scène, en orchestre, idéalement, ni trop près, ni trop loin. Les lumières s’éteignent, je suis toute chose.
Et là commence l’éblouissement (même si j’ai piqué du nez une ou deux fois, par extrême fatigue, j’ai honte, j’ai hoooonte…) (d’ailleurs, je veux le revoir !).
Sur des extraits de pièces pour cordes et concertos pour piano de Mozart (pas forcément les plus funky, mais bon), nous voyons donc, durant 1h30 environ, les jeux de l’amour (et du hasard) se dérouler dans un parc évoquant les 17e et 18e siècles (La Carte du tendre, Les Liaisons dangereuses…) : les personnages se cherchent, se toisent, jouent et se défient amoureusement en groupes et en duo (les deux étoiles) (l’un des premiers duos, magnifique, se termine sur le danseur, seul, comme abattu et désespéré, repoussé par sa belle) pour, peu à peu, succomber à l’Amour et la Passion sensuelle dans un final (dépouillé : on notera que les personnages finissent en simples chemises, presque à demi nus, My Goodness!) qui m’a complètement bouleversifiée.
Chacun des trois actes, au fil desquels on sent une vraie progression dramatique, est introduit par une chorégraphie plus moderne, sur fond de bruitages – légèrement anxiogènes – avec quatre jardiniers très symétriques et droits, qui s’opposent à la souplesse, la “musicalité”, si je puis dire, des chorégraphies de groupes et de duo.
La mise en scène est visuellement magique. Epurée, tout en symétrie (quelques cônes figurent des arbres dans le Parc), avec des jeux de lumières fabuleux qui évoquent le jour, le crépuscule, l’orage…
Tout est beau, absolument délesté de niaiserie jusque dans la danse, qui n’est pas si classique que ça, finalement, même si on reconnaît des bases ! Mais aucun rapport avec le “tutu-la-praline” qui me fait (peut-être à tort) horreur. Non. C’est d’une simplicité et d’une limpidité parfaites.
Pour moi, c’est absolument un spectacle de ce genre qu’il faut voir quand on n’aime pas la danse, à la base, pour comprendre l’émotion physique, et pas seulement intellectuelle, que l’on peut éprouver devant la Beauté.
Vous l’avez compris, j’ai aimé, j’ai adoré, je suis fan, je… je… je veux épouser Angelin (ou Laurent Hilaire, beau comme Valmont sur les vidéos que j’ai vues sur Youtube) !
Sur ce, je me tais, car je ne sais pas assez bien parler de la danse, mais vraiment, si vous pouvez, courez-roulez-volez voir Le Parc (jusqu’au 19 mars à Garnier) c’est à mes yeux de spectatrice lambda un chef d’oeuvre.
Moi aussi, je veux y retourner, même en payant ma place !!! (C’est pour dire !!!)
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Au prochain épisode : L’Oratorio d’Aurélia d’Aurélia Thierrée, au Théâtre du Rond-Point et Casimir et Caroline de Ödon Von Horváth au Théâtre de la Ville…
À suivre, donc…
* Hum, moi qui rêvais de finir mes vieux jours à Télérama, je sais pas pourquoi, je “dubite” maintenant…
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