Vu le mercredi 18 février 2009 à l’Opéra Bastille
De retour de l’Opéra Bastille où j’ai eu le plaisir d’assister à une représentation de Madame Butterfly de Puccini, dans la fameuse mise en scène de Bob Wilson – qui tourne, paraît-il, depuis des années et a été plusieurs fois reprise à Paris ! (Je me réveille, désolée.)
Je voulais absolument le voir et j’en avais parlé à Môman, dont c’est l’un des opéras préférés, en janvier dernier. Je lui avais proposé d’acheter des places à la mesure de mes finances (25 €) mais comme l’opéra, pour elle, c’est sacré, hors de question ! D’autant plus que mes parents avaient déjà vu cette mise en scène et l’avaient adorée. Du coup, youpi ! je me suis retrouvée malgré moi invitée avec Pôpa au parterre (89 € la place, tout de même, et ce n’était “que” la 3e catégorie ! Et comme tout était presque complet, on était sur des strapontins super inconfortables ; pas très cool de faire payer plein tarif ce genre de sous-siège !)
Petite note en passant : il est dommage que l’opéra ne soit pas plus démocratique (même si je sais bien qu’il s’agit souvent de spectacles lourds à financer), parce que c’est quand même quelque chose à voir au moins une fois dans sa vie (conseil pour débuter : aller voir un opéra classique et “facile” d’accès, genre Verdi, Puccini ou Mozart, avec de “grands airs” connus qui donnent des frissons partout quand on les entend en vrai…)
La prochaine fois, je vais par curiosité tenter les places entre 5 € et 25 € pour voir ce que ça donne. Si ça se trouve, ça peut convenir à la pauvresse que je suis !
En tout cas, si une majorité du public était d’un âge assez avancé (et de catégorie socio-culturelle très ciblée), j’ai été surprise du nombre assez important de jeunes de 25 à 35 ans, qui occupaient la salle et parfois à des super places ! Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a enchantée (cela dit, je suis assez sidérée de constater que des jeunes puissent mettre 89 € dans une place d’opéra, mais bon, tant mieux pour eux…).
Mais STOOOOOP LES DIGRESSIONS (ah la la, je suis incorrigible) !!! Revenons au Papillon…

Qui ne connaît ce célèbre livret ? Madame Butterfly, jeune geisha de 15 ans tombe éperdument amoureuse d’un marin de passage, Pinkerton, qui l’épouse par amusement, lui fait un enfant et retourne vivre sa vie aux États-Unis. Durant trois ans, la jeune fille, obstinément fidèle, qui a tout renié pour lui, l’attend, oscillant entre espoir et désespoir. Lorsqu’enfin Pinkerton revient, il est accompagné de sa femme et c’est pour lui reprendre son fils afin de lui assurer un avenir (pas facile d’être un “bâtard” sans père au Japon). Madame Butterfly accepte, pour le bien son enfant, et se donne la mort, laissant Pinkerton seul face à son remords.
Triple snif, évidemment.
Et évidemment, j’ai versé ma petite larme sur la fin (si vous voulez me voir pleurer à chaudes larmes, emmenez-moi à l’opéra) ! Qui n’aurait pas le coeur réduit en bouillie de miettes devant une histoire aussi cruelle ?
En revanche, je dois avouer que mon émotion a été moindre que celle que j’ai pu ressentir devant La Bohème (à Lyon, il y a longtemps) ou Rigoletto (il y a quelques années, à Bastille, déjà). Et si j’ai pleuré, c’est plus à cause de l’intrigue, horriblement triste, qu’en raison d’un soudain bouleversement esthétique devant la Beauté (ce à quoi m’avait habituée l’opéra).
La faute, sans doute, aux voix, qui ne m’ont nullement transportée. N’ayant pas acheté le programme, j’ignore qui tenait les rôles principaux ce soir mais l’interprète du personnage éponyme m’a semblé un peu “fade”, avec une palette restreinte pour un rôle aussi écrasant. En dehors de quelques passages où sa voix, dans sa pleine puissance, était assez belle, celle-ci paraissait bien souvent fragile et peu assurée – notamment dans les passages entre les graves et les aigus. Du coup, ce manque de fermeté dans l’interprétation m’a tenue quelque peu à distance de l’émotion.
De même, Pinkerton (le chanteur était en plus souffrant ce soir) était décevant : à mon oreille, il sonnait terne et sans relief (attention, je donne mon avis de béotienne, je ne prétends nullement m’y connaître en opéra). L’orchestre couvrait parfois sa voix à tel point que je ne l’entendais plus beaucoup. Et puis il était tellement loin, physiquement, du personnage du film de Frédéric Mitterrand (dans lequel Pinkerton y était charmant) que cela m’a déstabilisée. J’ai eu du mal à comprendre la passion de la pauvre Madame Butterfly pour cet homme d’âge mûr très bedonnant. Mais bon…
Au final, j’ai eu l’impression, musicalement parlant, d’un opéra-magma (ce que j’ai dit à Môman dès l’entr’acte) : étrangement, peu de passion était véhiculée dans cette façon de jouer l’œuvre. Peut-être le chef d’orchestre souhaitait-il mettre en avant autre chose : la mélancolie ? Je ne sais pas. Mais le tout m’a paru carrément mou du genou, mollasson de chez mollasson. Encéphalogramme plat.
Le côté très statique de la mise en scène de Bob Wilson n’en ressortait alors que plus.
Légère déception, donc, sur le plan musical et vocal. J’ai été la première surprise de ne pas plus vibrer alors que j’en attendais beaucoup. D’ailleurs je n’ai mouillé qu’un mouchoir, alors que d’habitude, je vide au moins la moitié d’un paquet tellement je peux pas m’arrêter de pleurer (pas uniquement parce que c’est triste : parce que c’est BEAU).
En revanche, je suis ravie d’avoir pu voir, une fois dans ma vie, cette mise en scène, que j’ai personnellement trouvée magnifique. Tout en épure et stylisation (influence du théâtre Nô ?), proche de l’abstraction, complètement fascinante par ses jeux d’ombres et de lumières (un simple écran lumineux en arrière plan évoque le jour, la nuit…) Un émerveillement constant pour les yeux.
Rien que pour ça, ce Madame Butterfly mérite donc d’être vu ! Mais j’aimerais beaucoup le réécouter avec une autre distribution.
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