Aujourd’hui, entre midi et deux, Kunie m’a appelée. Elle était à Frankfurt, prête à quitter le sol européen pour une période indéterminée. Retour au Japon. Elle voulait me dire “au revoir” et “merci” (merci pour quoi ?) après un séjour entre la Suisse, la France, l’Allemagne, l’Italie et la République Tchèque. Un dernier “Sayonara”, tellement gentil, avant nos prochaines retrouvailles – en avril 2009, j’espère ! J’y travaille, mochiron ;-).
Ce week-end, elle était sur Lyon. Moi aussi *_* Elle a essayé de m’appeler plusieurs fois et je n’ai jamais décroché (j’aime pô les numéros que je connais pô). Flûte. En même temps, j’avoue n’avoir pas été très disponible pour quiconque ces deux jours : deux jours, c’est trop court et je suis égoïste (mais bon, promis, la prochaine fois, je me rattrape ! J’irai voir Ryan, Mag et sa deuxième fille, Nico…)
En fait, très égoïstement, j’avais très envie de voir…
… une expo qui se trouvait justement à Lyon…
OUR BODY À corps ouvert…
Une exposition de corps “écorchés” sujette – comme partout où elle passe – à controverse.
J’ai donc embarqué Djé et Vic dans cette sortie culturelle follement intrigante (bizarrement, Nico n’a pas voulu venir, “Beurk” m’a-t-il sms-é.)

Que dire ?
Avant toute chose, balayons d’un revers de main désinvolte les inutiles polémiques qui entourent l’expo :
1/ Tout d’abord sur la provenance des corps : tous d’origine chinoise, ils ont, d’après les organisateurs, été légués à la science par leurs “anciens propriétaires”. Évidemment, il faut toujours des chipoteries de la part de rabat-joies : est-ce qu’ils auraient aimé se retrouver dépecés puis exposés devant des milliers de visiteurs, ces pauvres corps ? Franchement, je ne vois pas l’intérêt de cette question. Dans la mesure où l’on donne son corps à la science, on accepte d’être un cobaye. Morte, est-ce qu’une personne se rend compte de ce qu’elle est devenue ? L’exposition ne ridiculise pas ces corps, ni ne les dégrade, au contraire. On va bien voir des momies sorties de leurs tombeaux : ont-elles donné leur accord ? Bien moins que ces personnes ayant légué leur corps à la science, me semble-t-il.
2/ Ensuite, s’agit-il de prisonniers chinois ? Tant qu’on n’en sait rien, pourquoi se perdre en conjectures ?
3/ Enfin, est-il éthique de faire une exposition artistique avec des cadavres ? Là, il s’agit de lever une ambiguïté : cette exposition – contrairement à ce que je pensais au départ – se veut indépendante du travail (de l’oeuvre ?) de Gunther Von Hagens, l’inventeur de la plastination, qui permet de conserver presque indéfiniment des corps. Gunther Von Hagens a été le premier – je crois – à proposer une exposition, Körperwelten (Body Worlds), dans laquelle il met littéralement en scène des cadavres écorchés, faisant prendre aux corps qu’il travaille diverses positions, réalisant parfois ce qui s’apparente à de vraies prouesses techniques, sulfureuses et sensationnalistes : le dépouillement d’un cheval entier, sur lequel il a assis un cavalier lui-même écorché ; la plastination de femmes enceintes de fœtus de plusieurs mois…
Toujours entouré d’un parfum de scandale, Günther Von Hagens aurait également procédé à une autopsie publique…
Ici, rien de tel. Ou en tout cas, rien d’aussi macabrement spectaculaire. En dehors d’une ou deux positions inutiles (un joueur d’échecs, un homme assis sur un vélo), j’ai trouvé cette expo avant tout scientifique. D’abord à ma déception (j’avoue ^^), ensuite à mon soulagement.
Très loin des images figées, des schémas abstraits d’un livre de biologie, nous voici, tels des médecins ou scientifiques, face à notre nous interne !
Avant de pénétrer dans la première salle, malgré l’écriteau qui nous rassure quant au côté totalement inodore de l’expérience, on se sent tout de même un peu anxieux à l’idée de se retrouver confronter à nos organes mis à nu.
Le choc est bien réel. Dès la première salle, un homme, muscles, organes, tendons, nerfs, os et tout et tout apparents, nous fixe de ses yeux éteints. Son visage émacié par le dépiautage paraît encore reconnaissable. Par bonheur, grâce à la technique de plastination, son corps légèrement brillant semble comme plastifié et nous permet de rester à distance de sa réalité de cadavre. À ses côté, un autre homme, épluché comme un oignon, offre ses différentes couches de muscles durs et séchés à tous vents, ouverts en corolle tout autour de lui, comme une fleur étrange et lugubre.
L’homme, dans cette exposition, ressemble à un poulet dont on essaie de découper les parties tendres. Le corps est complètement désacralisé.
Et, paradoxalement, alors même que nous sommes violemment mis devant notre condition de viande un peu écœurante, nous ne pouvons nous empêcher d’être émerveillés par la complexité de ce corps, qui semble à la fois si fort et si fragile. Les mains, les pieds, sont des mécaniques absolument merveilleuses. L’emboîtement parfait des organes, l’incroyable réseau de nerfs, de veines, de vaisseaux minuscules qui passent les uns sous les autres… Mais quelle sublime machine est un corps vivant !
Dans des vitres, tous les organes de notre corps sont exposés, séparés les uns des autres, classés selon le système auquel ils appartiennent : cardio-vasculaire, uro-génital, nerveux, etc. Les organes paraissent étrangement petits : la vésicule, le canal cholédoque… Les os, en revanche, paraissent énormes : la colonne vertébrale, les hanches sont absolument impressionnantes. On n’ose à peine imaginer comment se déroule une opération de la hanche et son remplacement par une prothèse !!!
Le clou de l’expo ? Une peau humaine, tannée comme un vieux tapis, étalée de tout son long, comme un costume fripé que l’on viendrait de retirer. Et surtout, comble de l’horreur et de la fascination ! trois corps, entièrement découpés en tranches égales – comme du jambon ! – sur toute la hauteur : de face, de profil et horizontalement. Là, le malaise peut prendre à la gorge. On ne voit pas grand chose des organes ; on a juste l’impression de contempler de grandes côtelettes et surtout, d’être obligé d’applaudir à la prouesse technique (mais quel outil peut bien pouvoir découper aussi parfaitement des corps humains ??)
Du coup, entre les mises en situation un peu surperflues et le découpage façon charcuterie, mes deux compagnons d’exposition se sont sentis agressés, mal à l’aise et ont trouvé l’objectif de cette expo in fine assez douteux.
Au-delà du titillement de notre goût pour le macabre et notre curiosité morbide, moi, j’avoue que j’ai trouvé ça très intéressant, réellement fascinant, même si l’on n’apprend, hélas, pas forcément grand chose : les descriptions / explications sont malheureusement assez sommaires, on manque d’explications animées pour comprendre comment tout est relié. C’est en cela qu’on peut regretter que l’entreprise ait été plus pensée comme un spectacle que comme un véritable enseignement pédagogique. L’expo ne m’a toutefois pas empêchée de dormir et, au contraire, je pense maintenant à mon moi intérieur avec pas mal de tendresse et de respect 🙂 (et aux chirurgiens avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d’admiration.)
À voir, pour vous faire votre propre avis. Ça ne vous laissera, en tout cas, pas indifférent.
(NB : pour ne pas choquer le public pour cette première exposition française, on ne voit aucun foetus, enfant, maladies…)
- Entrée tarif normal : 15,50€
- Entrée tarif réduit : 13,50€
- Site de l’expo complète : OUR BODY The universe within
- Article Le Monde
- Article Libé
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